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Stratégie syndicale : partie 4, double besogne et révolution
Un diaporama verbeux sur la double besogne
mardi 15 avril 2025, par
Un groupe de travail au sein de la CNT-Vignoles [1] de Haute-Garonne construit depuis plusieurs années une réflexion stratégique sur le syndicalisme. Le secrétariat formation en livre là un premier brouillon d’un diaporama trop verbeux sur la double besogne et la révolution sociale.
La double besogne
Contexte
- vient de la charte d’Amiens
- motion adoptée en 1906 par la CGT
- court manifeste du syndicalisme révolutionnaire
- opposition aux guedistes (sorte de pré-léninistes)
- autonomie du Syndicat des Partis
- capacité du Syndicat à faire la Révolution
Extrait de la Charte d’Amiens
Dans l’œuvre revendicative quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme : il prépare l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale.
Le double rôle
- Rôle défensif et réformiste :
- défense des conquêtes déjà obtenues
- nouvelles conquêtes au sein du capitalisme
- Rôle révolutionnaire :
- destruction de l’État et du Patronat
- gestion syndicale de la société
Une articulation
- pas d’opposition entre réforme et révolution
- réforme et révolution se nourrissent mutuellement
- liaison des 2 : l’action directe
La révolution est œuvre d’action quotidienne
(Émile Pouget, l’Action Directe, 1904)
La gymnastique révolutionnaire
- les luttes immédiates permettent de se faire la main
- les luttes immédiates nous montrent qu’on peut faire sans l’État et sans le Patronat
- les luttes immédiates sont souvent plus convaincantes que des grands discours et de la théorie
- de même pour nos activités sociales et de culture, ainsi que l’auto-gestion de nos structures syndicales
- ça forme une contre-société
Les conséquences
- développe notre autosuffisance et autonomie collective
- apprend à ne dépendre
- d’une prétendue avant-garde
- d’un·e prétendu·e sauveur·euse
- des institutions bourgeoises
Le syndicalisme d’action directe
- les effets sont une raison supplémentaire et majeure de privilégier l’action directe (cf. partie 1)
- distinction de comment on gagne des trucs
- arrachés directement par les travailleur·euse·s : très bien
- offerts par en haut : méfiance
En bref
- La double besogne est une stratégie.
- La double besogne inscrit chaque lutte dans la construction d’une contre-société de classe, autogérée, socialisée et conviviale.
En schéma
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L’impasse de la politique du pire
Qu’est-ce que c’est ?
- une théorie et stratégie politiques
- les luttes revendicatives seraient contre-révolutionnaire
- les réformes rendent le capitalisme moins invivable
- les réformes accommodent au capitalisme
- partisan du tout ou rien
- mieux vaudrait laisser les choses empirer
- plus c’est pire, plus les gens se révolteraient
Critiques
- le pire nous condamne à vivre au jour le jour
- propice aux stratégies de survie individuelle
- amoindrit nos capacités collectives d’organisation et d’anticipation
- le pire participe « au mieux » à créer des révoltes quasiment systématiquement sans lendemain
- l’histoire montre que : « pire » ≠ + révolutionnaire
- exemples dans la CGT du début du 20e siècle :
- Textile :exploitation ++ et révolution —
- Bâtiment : exploitation - et combativité/révolution ++
- exemples dans la CGT du début du 20e siècle :
- s’opposer à l’aspiration que ce soit moins pire ?
- marche dans le discours
- intenable en pratique
En bref
Émile Pouget, l’Action Directe, 1904 : L’excès du mal n’est pas ferment de révolte
. Cette brochure est disponible sur notre site web, et elle a été reproduite avec d’autres de Pouget dans L’action directe et autres écrits syndicalistes (1903-1910) (éditions Agone, 2010).
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La Révolution sociale
Expropriation des capitalistes et communisme
Qu’est-ce que le capitalisme ?
- système économique et plus largement social
- 2 grandes classes s’y opposent :
- la Bourgeoisie, qui détient les moyens de production
- le Prolétariat, qui vend sa force de travail
- finalité : accumulation illimitée de profit obtenu par exploitation du Prolétariat
Qu’est-ce que le socialisme/communisme ?
- système économique et plus largement social
- les moyens de (re)production appartiennent à tou·te·s
- pas de domination structurelle
- car gestion démocratique et auto-gestion
- on décide de ce qu’on produit et comment
- on décide de comment on répartit
Pour un aperçu de à quoi ça pourrait ressembler, on peut lire :
- Comités Syndicalistes Révolutionnaires, « Le projet de société syndicaliste révolutionnaire – Le socialisme des syndicalistes révolutionnaires », juin 2019.
- CNT-ES, « Concepto confederal del comunismo libertario », 4e Congrès, Saragosse, 1936, traduit en français aux éditions CNT-RP en 1994
- CNT-ES, « Concepto confederal del comunismo libertario », 8e Congrès, Grenade, 1995->https://www.cnt.es/noticias/concepto-confederal-del-comunismo-libertario/]
- Pierre Besnard (1886-1947), Le Monde nouveau – Organisation d’une société anarchiste, éditions du Monde Libertaire (Fédération Anarchiste), 2021 [1934]
Le besoin de socialisme/communisme
- le Prolétariat en a besoin pour être libre
- nécessaire pour faire face à l’urgence écologique
Aller au socialisme/communisme
Problème : va contre l’intérêt des capitalistes.
- donc nécessité de leur imposer
- en passera notamment pour l’expropriation
- pour ça, besoin d’organisation et de préparation
La grève générale
Qu’est-ce que la grève générale ?
- grève = arrêt collectif du travail pour le Patronat
- générale = interprofessionnelle et au moins nationale et est massivement suivi en même temps
- pas nécessairement révolutionnaire
Intérêts de la grève générale en général
- puissant moyen de pression
- libération du temps au joug patronal
- on se démontre qu’on fait tourner la société
Qu’est-ce que la grève générale collectivisatrice ?
- appropriation des moyens de production
- dans toute l’économie ou une part très massive
- au moins national, de préférence au-delà
- gestion collective et démocratique
- remplacement au moins partiel du Marché par une gestion consciente ≠
main invisible
Passage à la grève générale collectivisatrice
- par des éléments avancés et préparés du Prolétariat
- par une ou des provocations de l’adversaire de classe
La lutte à mort
- La Bourgeoisie ne rendra pas gentiment les clés.
- Une lutte à mort est engagée de fait.
- Nécessité de se défendre, mais pas que.
- Nécessité de détruire et remplacer le Capital et son État.
- Nécessité d’une entr’aide inter-nationale.
Exemples
Grands exemples
- la Russie en 1917
- expérience de 1905, mais sinon impréparation massive
- adversaires externes bien mieux armés
- manque d’entraide internationale
- non-essaimage qui dure un tant soit peu
- l’Espagne en 1936
- bi-confédéralisme, avec la CNT et l’UGT
- manque du syndicalisme d’Indutrie avant la révolution sociale
- relative confiance de fait dans l’État
républicain
- hésitations à attaquer frontalement
- Asturies abandonnés à leur sort en 1934
Petits exemples
- qui ont vite tournés courts :
- qui ne sentaient pas d’aller plus loin :
- en 1919-1920 en Italie
- en 1947-1948 en France
Petits exemples
- directement sur le terrain économique et social
- met en jeu les moyens de production
- permet de changer la société et pas juste les dirigeant·e·s
- décentralisation
- plus compliqué pour la répression
- plus compliqué pour la récupération
Permet donc au Prolétariat de rester maitre de la Révolution.
Les limites du spontanéisme
Qu’est-ce que le spontanéisme ?
- doctrine de mouvements anarchistes ou d’ultra-gauche
- totale confiance dans la spontanéité révolutionnaire
- pas besoin de préparation, parfois jugée même contre-productive
Intérêts psychologiques
- en l’absence de perspective palpable, permet d’espérer à un grand soir venu de nul part
- permet de ne pas voir et interroger notre faiblesse
Autres sources
- impatience révolutionnaire pas forcément théorisée, souvent confuse
- dégoût des bureaucraties des partis et des syndicats
- théorie de la propagande par le fait : l’exemple servirait d’étincelle
Critiques
- permet de se complaire dans l’inaction
- participe à notre non-préparation
Préparer notre capacité révolutionnaire
Illustrations des IWW
Illustrations des IWW du 20e siècle
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Illustrations des IWW du 21e siècle
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Rapport à la spontanéité des masses
- force et une expression de l’autonomie des classes populaires
- mais ça ne fait tout, loin de là
En effet :
- besoin d’outils militants
- besoin d’une action continue pérenne
- besoin d’une stratégie
Sans ça, les révolutions sont sans lendemain. Exemple : les printemps arabes.
Anticipation de la collectivisation
Nécessité de se préparer le plus possible en amont :
- l’organisation et la gestion, ça s’apprend
- le tissu économique doit être connu
- car il sera chamboulé pendant la Révolution
- sabotage interne des patrons et de leurs sbires
- sabotage externe par blocus, taxes, etc.
- donc économie sous forte pression
- car il faut le ré-organiser
- pour satisfaire les besoins sociaux
- pour répondre à l’urgence écologique
- car il sera chamboulé pendant la Révolution
Le potentiel syndical
- les syndicats sont au plus près du tissu économique
- les fédérations de branche ont une vue plus globale
- les unions purement géographiques (UL, UD, UR, Confédération) ont une vue des besoins
Syndicaliser les moyens de production
- le Syndicat est très adapté à cette besogne
- le Syndicat permet aux prolétaires de garder la main
- à la différence de l’étatisation
Donc le Syndicat permet la réalisation d’un communisme authentique (contre-exemple : l’URSS [2]).
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L’unité syndicale
- nécessité d’une unique Confédération de classe
- donc besoin en France de fusionner CGT-Sud/Solidaires-FSU-CNT
- besoin de tendances syndicales d’individus pour animer la réflexion stratégique
- qui n’ont pas de poids décisionnel dans le Syndicat
- dont une tendance révolutionnaire (comme les CSR)
- néanmoins, une confédération spécifique peut avoir un intérêt, mais temporaire
- pour contourner un cadenassage trop fort
- exemple historique en France : le PCF
- pour porter matériellement une autre stratégie
- action directe dans les luttes défensives
- syndicalisme d’Industrie / de branche [3]
- et/ou autre(s)
- pour contourner un cadenassage trop fort
La Charte d’Amiens
C’est une motion adoptée en 1906 par la jeune CGT. C’est le manifeste des syndicalistes révolutionnaires, mais dont beaucoup de syndicalistes se revendiquent pour l’aspect indépendance du Syndicat (et qui est pourquoi elle a réussi à être historiquement adoptée à une écrasante majorité) en oubliant l’aspect double besogne.
Reproduction de la Charte d’Amiens
Le Congrès confédéral d’Amiens confirme l’article 2 constitutif de la CGT.
La CGT groupe, en dehors de toute école politique, tous les travailleurs conscients de la lutte à mener pour la disparition du salariat et du patronat.
Le Congrès considère que cette déclaration est une reconnaissance de la lutte de classe, qui oppose sur le terrain économique, les travailleurs en révolte contre toutes les formes d’exploitation et d’oppression, tant matérielles que morales, mises en œuvre par la classe capitaliste contre la classe ouvrière.
Le Congrès précise par les points suivants, cette affirmation théorique.
Dans l’œuvre revendicative quotidienne, le syndicat poursuit la coordination des efforts ouvriers, l’accroissement du mieux-être des travailleurs par la réalisation d’améliorations immédiates, telles que la diminution des heures de travail, l’augmentation des salaires, etc. Mais cette besogne n’est qu’un côté de l’œuvre du syndicalisme : il prépare l’émancipation intégrale qui ne peut se réaliser que par l’expropriation capitaliste ; il préconise comme moyen d’action la grève générale et il considère que le syndicat, aujourd’hui groupement de résistance, sera, dans l’avenir, le groupement de production et de répartition, base de réorganisation sociale.
Le Congrès déclare que cette double besogne, quotidienne et d’avenir, découle de la situation de salariés qui pèse sur la classe ouvrière et qui fait à tous les travailleurs, quelles que soient leurs opinions ou leurs tendances politiques ou philosophiques, un devoir d’appartenir au groupement essentiel qu’est le syndicat.
Comme conséquence, en ce qui concerne les individus, le Congrès affirme l’entière liberté pour le syndiqué de participer, en dehors du groupement corporatif, à telles formes de lutte correspondant à sa conception philosophique ou politique, se bornant à lui demander, en réciprocité, de ne pas introduire dans le syndicat les opinions qu’il professe au dehors.
En ce qui concerne les organisations, le Congrès déclare qu’afin que le syndicalisme atteigne son maximum d’effet, l’action économique doit s’exercer directement contre le patronat, les organisations confédérées n’ayant pas, en tant que groupements syndicaux, à se préoccuper des partis et des sectes qui, en dehors et à côté, peuvent poursuivre, en toute liberté, la transformation sociale.
Conclusion
- On en est très loin (en 2025).%
- Il est urgent de faire ce qui est à notre porté.
- Les actions, même les plus défensives, permettent de nous construire, d’être plus forts.
- Les postures ne vont pas faire le travail, ce sera nos luttes collectives de terrain, notre sociabilité et notre organisation quotidiennes.
Annexes
Idées de lecture en lien avec le sujet
Articles
- Comités Syndicalistes Révolutionnaires, « Fiches de formation » (9 au format A4)
- Comités Syndicalistes Révolutionnaires, « Nous sommes syndicalistes, car nous sommes révolutionnaires ! », site web, novembre 2019
- Comités Syndicalistes Révolutionnaires, « Quelle crise politique ? Quel débouché politique ? », site web, decembre 2021
- « L’opposition ouvrière en \mboxRussie révolutionnaire », site web des CSR
- Comités Syndicalistes Révolutionnaires, « Stratégie des \mboxCSR », site web
Brochures
- Comités Syndicalistes Révolutionnaires, La grève générale (en 2 tomes), 2015-2016 (dernière édition)
- Comités Syndicalistes Révolutionnaires, Asturies 1934 – Une révolution inconnue, 2010
- Comités Syndicalistes Révolutionnaires, Unions ouvrières et syndicalisme révolutionnaire allemands (1918-1923) + Les formes contemporaines du spontanéisme, 2011
- Émile Pataud, Émile Pouget, Comment nous ferons la Révolution, 1909
- au format livre :
- sur le Web (Internet) :
Sur la stratégie
Le cycle de formation complet
- introduction + action dans les luttes quotidiennes
- champs professionnels et syndicalisme d’Industrie
- culture et sociabilité
- autonomie de classe et indépendance syndicale
La présente partie, la quatrième, et toutes les autres ont droit à une version au format brochure. C’est plus complet que le présent diaporama trop verbeux, mais qui a du coup l’avantage d’être plus abordable.
Enfin, mentionnons qu’une 6e partie est envisagée et que ce serait un bonus bien moins prompt au consensus que le reste (et dont on s’est permis d’intégrer là un résumé avec « L’unité syndicale »). Son titre serait « confédération spécifique et tendance syndicale ». On y parlerait de l’intérêt temporaire que peut avoir la CNT (qui est une confédération spécifique) et de celui perpétuel des CSR (qui est une tendance syndicale), ainsi que du double carding des IWW (qui est les 2 à la fois), pour donner des exemples concrets sur lequels on a prévu de s’appuyer sans s’y réduire.
Le texte de cette formation, sa structuration et son code (LaTeX pour le diaporama, HTML pour le Web), tout ça est mis dans le domaine public via la licence Creative Commons 0 version 1.0. N’hésitez donc pas à diffuser ce travail et vous le réapproprier.
[1] Il existe aussi les CNT-AIT (c’est celle « réseau » qui est à Toulouse) et la CNT-SO (solidarité ouvrière). La rue des Vignoles est là où il y a le local historique à Paris.
[2] L’URSS n’est ni U (union), ce qui suppose la libre adhésion des parties composantes, et une certaine autonomie de ces parties ; ni R (république), puisque c’est une dictature centralisée, évoluant toujours davantage vers la dictature personnelle ; ni S (socialiste), puisque le socialisme reste à construire en Russie et que les concessions de plus en plus importantes faites au capitalisme ne permettent pas, dans la situation mondiale présente, d’en escompter la réalisation ; ni S (soviétique), car les soviets ne constituent plus en Russie la pierre d’assises du régime
(Fernand Loriot (1870-1932), Les problèmes de la révolution prolétarienne, Librairie du travail, 1928, p. 7-8, d’après Julien Chuzeville, Dix questions sur le communisme, éditions Libertalia, 2023, p. 22).
[3] Attention : Il ne faut pas confondre le syndicalisme d’Industrie / de branche, qui couvre des entités formelles de production concourant à un macro-besoin, avec le syndicalisme de CCN, qui couvre des entités formelles de production soumises à une même construction juridique. En effet, le champ professionnel de CCN peut être équivalent au champ professionnel d’Industrie / de branche, mais ce n’est aucunement automatique : une CCN peut ne couvrir qu’une partie d’une branche (comme le rail) ou à l’inverse plusieurs branches, elle peut couvrir une fonction présente dans chaque branche (comme les bureaux d’étude avec la SYNTEC), etc. Stratégiquement, on peut considérer le syndicalisme de CCN comme un intermédiaire entre le syndicalisme d’entreprise et le syndicalisme d’Industrie / de branche. Malheureusement à la CGT, la confusion est faite entre les 2 sous l’appellation de syndicalisme professionnel
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